2000 - 2004 : Réseaux des collèges



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Le réseau de galeries d'art en collèges et lycées de Basse-Normandie est une action phare qui s'inscrit, depuis 1976, dans le cadre du partenariat entre le Ministère de la Jeunesse, de l'Éducation Nationale et de la Recherche et le Ministère de la Culture et de la Communication.
Ainsi, en 2003-2004 trente trois expositions ont été proposées à quarante trois établissements de l'Académie qui se sont dotés d'une galerie conforme au cahier des charges.
Chaque établissement est invité à organiser trois expositions dans l'année, dont la médiation est assurée généralement par le professeur d'arts plastiques ou d'arts appliqués en partenariat avec l'artiste.

Oeuvres présentées :

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INSTANT SILENCE
acrylique sur toile
110 x 100
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INSTANT 11.6.98
acrylique sur toile
65 x 92
   
    Les onze toiles qu'expose Bruno LE BOUTEILLER sont de couleurs et de formats différents, mais le visiteur sera frappé par leur unité thématique. Il est en effet confronté à des séries de "rectangles" disposés en colonnes. Comment aborder une oeuvre qui semble échapper à toute figuration, mais aussi à tout sens, à tout message ? Certaines peintures s'intitulent Instants. Toutes sont datées. L'artiste insiste sur la rapidité d'exécution. Selon lui, les toiles les plus pures ont été réalisées sans hésitation, d'un seul jet; d' autres, plus chargées, portent les marques d'hésitations, de remords, de retour en arrière…La technique est en accord avec cette recherche de l'instant fugitif et éphémère : l'acrylique sèche plus vite que la peinture à l'huile et permet des effets d'opacité et de transparence; le rouleau imprime immédiatement la toile.

    Bruno LE BOUTEILLER assimile ses oeuvres à des dessins réalisés avec des coups de crayon rapides. Il affirme travailler sans schéma ou plan établi. Il n'invente pas, comme certains artistes contemporains, une "règle du jeu" pour déterminer la manière dont le motif va se répéter sur la toile. Cela dit, les rectangles s'inscrivent dans des colonnes délimitées par des coupures et des écartements. Il faut bien un endroit pour commencer et pour finir, déclare l'artiste qui impose ainsi une sorte de discipline et d'ordre. Spontanéité, improvisation totale ?

    L'exécution est sans doute rapide, mais elle ne cède pas à la facilité. On pourrait faire le rapprochement avec la calligraphie japonaise : le coup de pinceau impeccable, vif, précis s'acquiert par un long travail de préparation et de mise en condition. Ainsi conçue, la peinture permet à l'artiste d'exprimer une gamme de sentiments. Les couleurs émettent des vibrations. Les toiles sont parcourues de rythmes et pourraient être déchiffrées comme des partitions.

    A Lascaux, les hommes préhistoriques auraient laissé l'emprunte de leur main sur les parois des cavernes pour marquer une trace de leur présence. Bruno LE BOUTEILLER se situe dans cette perspective. Les vides, les blancs sont des moments de respiration sur la toile aussi importants que les empreintes de couleur. L'artiste compare cela aux silences en musique. Sacha GUITRY déclare :" lorsque l'on vient d'entendre un morceau de MOZART, le silence qui lui succède est encore de lui "…On pourrait songer également aux e muets et aux rimes féminines de la poésie française. Une des toiles les plus pures de l'exposition est intitulée Silence.

    La peinture de Bruno LE BOUTEILLER a incontestablement une dimension spirituelle. Puise-t-elle sa source dans la sagesse archaïque grecque ? Un philosophe grec paraphrase ainsi la pensée d'HERACLITE :

    Peut-être la nature se réjouit-elle des contraires et sait-elle en dégager l' harmonie, alors qu'elle ne s'intéresse pas aux semblables : tout de même que le mâle se rapproche de la femelle, ce que ne font pas les êtres de même sexe. Il semble que l'art en imitant la nature fait de même. Car la peinture, en mélangeant les pigments du blanc, du noir, du jaune et du rouge, produit des images concordantes au modèle. La musique, en mêlant les sons aigus et graves, longs et courts, produit dans des voix différente une harmonie unique. L'écriture, en opérant un mélange de voyelles et de consonnes, construit tout son art à partir d'elles. C'est la même chose que signifiait la parole d'HERACLITE :

Embrassements
Touts et non-touts
Accordé et désaccordé
Consonant et dissonant
Et de toute choses l'Un
Et de l'Un toutes choses


    Peut-être faut-il plutôt chercher dans la philosophie orientale les racines de cette quête de l'intériorité par le silence et la méditation. Notons d'ailleurs que les toiles flottantes ou tendues sur des châssis très légers ne sont pas sans rappeler les tableaux à enrouler de la peinture chinoise et que la symbolique des couleurs semble déterminée par les codes culturels orientaux (blanc = mort; noir = présence).

    A la veille du printemps, laissons les derniers mots au poète Thierry MAULNIER :


Il y avait le silence et il y eut le cri
Au-dessus du cri vint le chant
Au-dessus du chant vint la musique
Au-dessus de la musique vint le langage
Au-dessus du langage vint la poésie

Au-dessus de la poésie, quoi ?

Le silence ?





          Jeanne VERDUN
          Galerie d'art du lycée Napoléon 
          20 mars 2003


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